lundi 9 mars 2009

GLOIRE


Gloire
roman en neuf histoires
Daniel Kehlmann
On ne dira jamais assez de bien des couvertures d'Actes Sud et de leur pouvoir d'attraction !
j'ai été carrément hypnotisée par les grosses lunettes de la dame et le contenu est à la mesure du contenant..
Où il est question de gloire littéraire et cinématographique, de lettres et autres moyens plus modernes de communication
On y croise trois écrivains, un homme ordinaire, une femme très malade, un cadre supérieur et autres protagonistes ...
Les histoires se mélangent, se répondent
Les personnages se rebellent contre leur inventeur qui décide de changer la fin de son roman, la réalité s'invite dans la fiction; les portables permettent à un inconnu de devenir quelqu'un et à une star de rentrer dans l'anonymat; ils sonnent au mauvais moment ou ne sonnent plus quand ils devraient, internet est en panne et provoque la rencontre d'un futur personnage avec son créateur .On assiste à une continuelle partie de ping-pong pleine de virtuosité verbale et de trouvailles romanesques ; les mêmes personnes se retrouvent tout au long du récit mais avec d'autres rôles et d'autres desseins......
Où il est surtout question de création littéraire mais aussi d'une description sans concession des auteurs avec leur fragilité, leurs tics, leurs mensonges, leur désir de gloire et surtout leur fantastique pouvoir sur les créatures qu'ils inventent et dont ils peuvent modifier les vies à chaque instant.
La lecture de ce roman vous entraîne dans un véritable tourbillon de virtuosité et d'humour dont on ressort ébahi.
J'ai particulièrement apprécié les aventures de l'écrivain qui se perd en Asie centrale , celle du cadre accro à internet qui parle comme Jean-Claude Vandame ou celle de Rosalie qui ne veut pas mourir....mais chut...je vous laisse découvrir toutes les surprises d'un livre étonnant
Un vrai coup de coeur...

dimanche 8 mars 2009

Ultima cordillera


Ultima cordillera
La dernière terre inconnue
Christian Clot
Présentation de l'éditeur: Dans la région des cinquantièmes hurlants, en Terre de feu chilienne, au point de rencontre de deux océans, l'Atlantique et le Pacifique, et des vents venus d'Antarctique, se dresse, comme un dernier sursaut des Andes la Cordillera Darwin. Le climat y est l'un des plus violents du globe. Est-ce pour mieux protéger des incursions humaines la cité mythique qui abrite les dieux patagons ? C'est au coeur encore inexploré de ce territoire que Christian Clot mène, seul, sa troisième expédition, dans ces terres préservées depuis des millénaires, et il compte être le premier homme qu'elle acceptera en son sein... Il y a cinq ans, lors d'un tour en voilier de la Terre de feu, il est tombé amoureux de cette terre inconnue, tout comme Magellan qui, en 1520, la découvre, où l'himalayiste Eric Shipton, qui avoua avoir "découvert l'endroit où [le] conduisait tous [ses] rêves" Lors de sa première expédition, en 2004, il approche l'un des sommets de ces montagnes surgies des flots, mais la cordillera se refuse ; la deuxième expédition, en hiver 2006, fut autant scientifique qu'aventureuse, la dernière sera t-elle celle de la conquête

Encore un livre sur la Patagonie, le sud, le pays de tous les extrêmes..mais là, ce n'est plus le voyage d'un homme ordinaire .
C'est en véritable découvreur que Christian Clot s'est lancé à l'assaut d'une région totalement inconnue....terra incognita...un territoire encore en blanc sur les cartes...extraordinaire !!!...ça existe encore.
Les conditions climatiques y sont tellement épouvantables que, jamais personne, même pas un indien n'a pénétré au coeur de la Cordillère.
J'ai aimé ce livre car il nous donne une formidable leçon de courage et de persévérance en allant au bout d'un rêve qui tourne souvent au cauchemar. J'ai voulu rendre hommage à ce jeune aventurier car c'est un passionné,un homme vraiment chaleureux qu'on a eu l'occasion de rencontrer à Saint Malo au festival des Etonnants Voyageurs ; il parle volontiers et très simplement de ce qu'il a fait, de son attachement aux gens et aux paysages du grand Sud chilien .......il est reparti là-bas il y a peu de temps.
En ce moment, il est en Argentine pour une nouvelle expédition sur le massif glaciaire du Campo de Hielo Sur, un glacier grand comme trois départements français entre Argentine et Chili, sur les traces des Indiens Tehuelches et des Alakalufs ; une expé à but archéologique et sportive, puisque avec sa compagne Mélusine, la traversée se fera à pieds et en kayak ; je vous invite à visiter son blog pour suivre son périple presque en direct...une autre façon de voyager et de partager des émotions
Il est aussi membre de la Société des explorateurs français.....c'est tout dire.....

vendredi 6 mars 2009

les Terres de décembre


Les Terres de décembre
Voyage en Patagonie chiliennne
Olivier Page


Présentation de l'éditeur :
Royaume du vent, de la pluie et des quarantièmes rugissants, la Patagonie chilienne est l'une des régions les plus mal connues d'Amérique. Elle est l'inverse de l'autre Patagonie, l'argentine, la souriante et l'accessible. Volcans de neige et de feu, fjords sombres et abrupts, glaciers fracassés et mouvants, forêts australes aux essences millénaires....
Mais ce livre raconte bien plus que des paysages. Il va à la rencontre des villages et des hommes de ce pays. Emouvantes rencontres que celles de Francisco Coloane, du chef indien du peuple Mapuche à jamais insoumis, de Douglas Tompkins, le milliardaire californien qui a troqué sa fortune par amour pour la forêt australe. Destins étonnants que ceux de ces inconnus, cette assistante sociale qui va à cheval par des sentiers vertigineux ou ces Gallois qui se souviennent encore du passage, ici, d'un type brillant mais bizarre : Bruce Chatwin. Olivier Page, dans la grande et belle tradition des écrivains voyageur, nous donne là bien plus qu'un reportage littéraire. Il nous entraîne à travers ses Terres de Décembre jusqu'au bout du monde en nous offrant des "semelles de vent".
J'ai voyagé à ses côtés dans le bus,à pied ou en voiture sur les 1200 kms de la mythique carretera australe avec l'impression de faire un voyage ordinaire dans un pays extraordinaire... ce n'est pas un livre d'aventure.. pas de risques, d'exploits sportifs, de trek d'enfer sur des glaciers immenses. L'auteur, mû par une intense curiosité des choses et des gens fait sienne cette phrase de Jean-Jacques Rousseau " Faire route à pied, par un beau temps dans un beau pays, sans être pressé, et avoir pour terme de ma course, un objet agréable ; voilà de toutes les manières de vivre, celle qui est le plus à mon goût."..hormis le beau temps....
Il va au hasard des rencontres avec l'adoubement de Francisco Coloane..
Émouvante visite à Coloane , géant vieillissant mais toujours passionné, qui lui ouvre la porte du Grand Sud , du rêve..
il y aura d'autres rencontres avec forcément des gens étonnants (on ne peut que l'être quand on habite un pays si âpre) tous matières à roman avec en tête les fantômes du passé: Chatwin, les colons allemands, gallois et tous ceux qui ont recommencé une autre vie à l'abri du monde, plus vraie, plus pure...encore aujourd'hui on peut rencontrer de tels personnages à la mesure d'une nature écrasante et hostile.
Oui, ces contrées font encore rêver, oui elles sont pleines de vent, de pluie, et de fracas, mais on peut les approcher un peu en suivant cette route ultime qui trace dans une nature démesurée et fragile....des hommes se battent pour elle et y vivent libres.
Ce n'est pas seulement dans les livres qu'on peut vivre ça... en suivant la piste, il est possible de sentir aujourd'hui l'esprit des pionniers palpiter entre Puyuhuapi et Villa O'Higgins.
Voilà un véritable écrivain voyageur avec ce qu'il faut d'émotions, de citations et de références mais pas trop ...et puis il donne envie..d'en savoir plus, d'aller là bas "flirter"avec les confins ;- D ....qui vous empêche de boucler votre sac et de partir demain..
merci à Sabine pour cette découverte..

jeudi 5 mars 2009

On les appelait sauvages...


Coup de coeur pour une magnifique exposition ( Dinard) sur les Indiens d'Amérique : "On les appelait sauvages..."
Qui n'a jamais rêvé d'être un Indien dans son enfance : les troupeaux de bisons qui ondulent dans les grandes plaines, les parures de plumes, le calumet fumé à la lueur du feu dans un tipi coloré.
Certains en ont rêvé plus fort et en ont fait une quête insatiable C'est le cas de Mario Luraschi, le célèbre cascadeur, qui présente ici l'essentiel de sa collection. Cette exposition unique porte l'esprit de "l'indianité" et nous montre l'indien militaire, religieux, politique, créateur d'objets et de parures magnifiques en totale harmonie avec la nature qui l'entourait :
mocassins rehaussés de perles, robe en peau de daim agrémentée de centaines de piquants de porc-épic , coiffes de cérémonie décorées de plumes d'aigle et d'hermines blanches ..
Partout, la beauté dans les objets même les plus usuels décorés avec soin, les selles, les étuis, les berceaux, ....les griffes d'ours se font bijoux ou colliers de cheval, les dents de cerf viennent magnifier le décor d'un sac en peau ou d'un carquois..
Il y a fort longtemps, des voyageurs racontaient qu'on pouvait, pendant trois jours et sur une largeur de 50 kilomètres traverser un troupeau de bisons avec sur la ligne d'horizon la silhouette d'hommes-chevaux faisant corps avec leur monture.....légende ?
et puis les colons sont arrivés......



Cette exposition m'a fait découvrir un peintre étonnant créateur de l'affiche

Antoine Tzapoff


et Edward Curtis (1858-1952), un type extraordinaire qui, pendant 30 ans, est parti tout seul photographier les Indiens : 50.000 clichés, 20 volumes pleins de sensibilité et de respect pour ces hommes vaincus

mercredi 4 mars 2009

Le Petit Prince




Le Petit Prince de Joann Sfar
d'après l'oeuvre de Saint Exupéry


merci à Orchidée qui me l'a prêté, à bzzz qui lui a acheté et à Enna de patienter...

Fallait-il toucher au Petit Prince, pur chef d'oeuvre, véritable monument historique vendu à 80 millions d'exemplaires dans le monde...???

Joann Sfar s'en est emparé et le résultat est plutôt agréable mais c'est devenu.. autre chose. Tout est changé.. le texte , les dessins. Il a seulement gardé la trame.Sfar apporte beaucoup d'éléments que j'ai vraiment aimés : les couleurs extraordinaires et si lumineuses, le personnage du pilote (c'est vraiment Saint Ex avec son nez en trompette et son esprit rêveur), les yeux liquides et hypnotiques du petit prince...mais c'est devenu une histoire, une belle histoire en BD mais ce n'est plus un conte.

Trop d'images (...c'est le propre de la BD) restreignent la place que Saint Ex avait laissé à l'imagination par ses dessins légers et minimalistes .On est "submergé" par les couleurs, les trouvailles, les images,..tout ceci avec bonheur mais on invente moins ses rêves.Pas de blanc dans l'histoire..il rajoute un début, une fin, il "brode". Mais il "brode" ..tellement bien !!!

Belle interprétation donc, qui ne remplacera cependant jamais l'original

Ceci dit, j'ai adoré parce que j'ai un gros faible pour Sfar :-D

mardi 3 mars 2009

CAP HORN


Cap Horn
Rencontre avec les Indiens Yahgan
collection de la Photothèque du Musée de l'Homme (éditions de La Martinière)
Un livre unique par sa richesse photographique et l'approche respectueuse des derniers indiens du bout du monde..
Je reprends ici en grande partie dans ce résumé des éléments d'un excellent blog sur l'Argentine Latitude argentina où on trouve des informations passionnantes sur la Terre de feu et la Patagonie.

C’est au Congrès International de Météorologie de Rome, en avril 1879, que onze pays acceptent de participer au projet de collaboration scientifique. Dans le cadre de l’Année polaire internationale, onze pays européens se proposent de coordonner leurs recherches en vue d’étudier simultanément les phénomènes géodésiques autour des pôles.
La France accomplit sa mission au Cap Horn. Le 17 juillet 1882, la Romanche commandée par le commandant Louis-Ferdinand Martial quitte Cherbourg. Le 6 septembre, elle jette l'ancre dans la baie d'Orange. Elle passera sept semaines dans le Sud de la Terre de Feu, une région sauvage encore méconnue. Les hommes constituent deux équipes : l’une restera à terre pour des des études astronomiques, météorologiques, botaniques et zoologiques. L’autre longera les côtes pour des observations hydrographiques et cartographiques.
"Alors que la mission scientifique débute, les opérations menées intriguent les autochtones, les Indiens yahgan. Mus par leur curiosité, ceux-ci surmontent leur timidité et se rendent dans le campement français ou sur la Romanche. Par de menus cadeaux comme des biscuits ou des vêtements, les Français commencent à tisser des liens avec les indigènes. Ils n’ont pas reçu l’ordre d’effectuer des études ethnographiques et anthropologiques ; celles-ci vont pourtant s’imposer à eux ! Initialement réservés aux loisirs, les appareils photographiques
vont se révéler de précieux instruments pour l’étude de cette ethnie.
À terre, deux hommes se consacrent à l’observation des Indiens : le lieutenant Payen et le Médecin de marine Paul Daniel
Hyades. Dans un studio improvisé, ils organisent de longues séances photographiques, accompagnées de mesures anthropométriques et complétées par des moulages corporels. Doux et conciliants, les Indiens se plient volontiers(...)à la pose photographique.

En mer, le lieutenant de vaisseau Doze se livre à des photographies plus spontanées, nées du hasard des rencontres. Le bateau sert de cadre à certains portraits : derrière les sujets yahgan, le bastingage, les bâches, cordes et cheminées matérialisent le choc de deux cultures. Lors des escales sur les îles, les Indiens sont photographiés dans leur cadre naturel, dans la forêt ou devant leur hutte. Ils ne sont plus traités comme des spécimens placés dans un milieu qui leur est étranger ; l’homme occidental s’efface devant le spectacle mystérieux d’une civilisation primitive et harmonieuse.
Trois cent vingt-trois négatifs sur plaques de verre seront ainsi rapportés en France, ainsi que des centaines de pièces anthropologiques. Déjà exceptionnelle, cette collection constituera bientôt un témoignage unique. Le Docteur Hyades a par exemple été appelé à Ushuaia pour soigner des indiens victimes d’une épidémie alors que ce site n’était encore qu’une mission, où notamment le pasteur Thomas Bridges s’employait à civiliser et catéchiser les tribus alentours.
Ses observations précieuses font toujours autorité pour comprendre et connaître non seulement leur environnement naturel mais aussi leur mode vie et coutumes pour des peuples qui étaient déjà alors voués à disparaitre.
Peu après leur départ, une épidémie de tuberculose décime en effet cette population menacée. Aujourd’hui, les propos du Docteur Hyades prennent l’accent d’une terrible prophétie : « Les Fuégiens sont parmi les peuples dont la disparition totale de la surface de la terre n’est qu’une question de quelques années ; ils ne sont plus que trois cents ou quatre cents à l’heure qu’il est."


dimanche 1 mars 2009

L'Africain

L'Africain de J.M.G. Le Clézio

« J'ai longtemps rêvé que ma mère était noire. Je m'étais inventé une histoire, un passé, pour fuir la réalité à mon retour d'Afrique, dans ce pays, dans cette ville où je ne connaissais personne, où j'étais devenu un étranger. Puis j'ai découvert, lorsque mon père, à l'âge de la retraite est revenu vivre avec nous en France, que c'était lui l'Africain. Cela a été difficile à admettre. Il m'a fallu retourner en arrière, recommencer, essayer de comprendre. En souvenir de cela, j'ai écrit ce petit livre. »

On est tout de suite envoûté par le livre. D'abord, il y a la langue limpide et claire, des mots choisis, ciselés, chacun plein de sens et de mystère ; pas de grandiloquence, de mots crus ou de phrases compliquées ; un fleuve de mots qui se succèdent , qui roulent et palpitent au rythme de l'Afrique. Des mots évocateurs, qui suggèrent les corps, les forêts, la violence du ciel, l'indolence des plaines écrasées de chaleur.Et puis il y a le récit, poignant, la blessure jamais cicatrisée d'une enfance perdue et de cette Afrique brûlante et sauvage (loin du colonialisme) qu'il n'oubliera pas.

l'Afrique ce ne sont pas des visages mais des corps, c'est, au milieu des scorpions et des serpents, la liberté totale et dangereuse pour un petit garçon de 8 ans qui n'a connu que la vie en appartement dans un Occident policé.

C'est aussi la sauvagerie de la nature, orages, fourmis, forêts profondes, nuits pleines de bruits et de craquements....moiteur....tout un monde primitif, pas celui des colons mais celui des griots et des sorciers , des montagnes du Mbam et des pays Mbembé, Kaka, Shanti. "tout cela non comme un paradis mais un trésor d'humanité, quelque chose de puissant et généreux, tel un sang pulsé dans de jeunes artères."

c'est aussi le récit d'un paradis perdu, celui de l'enfance , du père si présent et si lointain, si adoré et si haï, si héroïque et si misérable.........une complicité à jamais perdue à cause de la guerre, de l'éloignement ...quand il le retrouve, il a déjà 8 ans , le changement est radical, trop brutal ; à la douceur d'une éducation presque exclusivement féminine, succède la discipline virile et la brutalité d'un père déjà meurtri , c'est l'incompréhension ;Avec le temps, bien plus tard viendra l'admiration et la découverte de la vie extraordinaire qu'ont eu ses parents "dans ces régions aux horizons lointains , au ciel plus vaste, aux étendues à perte de vue"

J'ai beaucoup aimé l'intensité de l'émotion qui se dégage de ce roman malgré une grande retenue, elle rend palpable les lieux et les sentiments , on sent pulser la liberté, la sensualité... L'Afrique est sa vraie mère ; il a été conçu là-bas dans les amours de ses parents parcourant à cheval dans la moiteur des forêts ou les éclaboussures des fleuves, un continent encore vierge à l'ouest du Cameroun..

c'est un roman de mémoire, mémoire du temps, mémoire des instants de bonheur à l'image d'une vieille photo prise par son père avec son Leica à soufflet représentant "Les hauts plateaux où avancent lentement le troupeau de bêtes à cornes de lune à accrocher les nuages, entre Lassim et Ngonzin."C'est l'image que j'en garderai..celle qui permet de ressusciter le paradis perdu de l'enfance et de l'Afrique originelle.



un autre regard sur ce livre : Keisha, Sylire Lapinoursinette