
roman en neuf histoires
Daniel Kehlmann
j'ai été carrément hypnotisée par les grosses lunettes de la dame et le contenu est à la mesure du contenant..





Les Terres de décembre

Fallait-il toucher au Petit Prince, pur chef d'oeuvre, véritable monument historique vendu à 80 millions d'exemplaires dans le monde...???
Joann Sfar s'en est emparé et le résultat est plutôt agréable mais c'est devenu.. autre chose. Tout est changé.. le texte , les dessins. Il a seulement gardé la trame.Sfar apporte beaucoup d'éléments que j'ai vraiment aimés : les couleurs extraordinaires et si lumineuses, le personnage du pilote (c'est vraiment Saint Ex avec son nez en trompette et son esprit rêveur), les yeux liquides et hypnotiques du petit prince...mais c'est devenu une histoire, une belle histoire en BD mais ce n'est plus un conte.
Trop d'images (...c'est le propre de la BD) restreignent la place que Saint Ex avait laissé à l'imagination par ses dessins légers et minimalistes .On est "submergé" par les couleurs, les trouvailles, les images,..tout ceci avec bonheur mais on invente moins ses rêves.Pas de blanc dans l'histoire..il rajoute un début, une fin, il "brode". Mais il "brode" ..tellement bien !!!
Belle interprétation donc, qui ne remplacera cependant jamais l'original
Ceci dit, j'ai adoré parce que j'ai un gros faible pour Sfar :-D

La France accomplit sa mission au Cap Horn. Le 17 juillet 1882, la Romanche commandée par le commandant Louis-Ferdinand Martial quitte Cherbourg. Le 6 septembre, elle jette l'ancre dans la baie d'Orange. Elle passera sept semaines dans le Sud de la Terre de Feu, une région sauvage encore méconnue. Les hommes constituent deux équipes : l’une restera à terre pour des des études astronomiques, météorologiques, botaniques et zoologiques. L’autre longera les côtes pour des observations hydrographiques et cartographiques.
vont se révéler de précieux instruments pour l’étude de cette ethnie.
En mer, le lieutenant de vaisseau Doze se livre à des photographies plus spontanées, nées du hasard des rencontres. Le bateau sert de cadre à certains portraits : derrière les sujets yahgan, le bastingage, les bâches, cordes et cheminées matérialisent le choc de deux cultures. Lors des escales sur les îles, les Indiens sont photographiés dans leur cadre naturel, dans la forêt ou devant leur hutte. Ils ne sont plus traités comme des spécimens placés dans un milieu qui leur est étranger ; l’homme occidental s’efface devant le spectacle mystérieux d’une civilisation
primitive et harmonieuse.
L'Africain de J.M.G. Le Clézio« J'ai longtemps rêvé que ma mère était noire. Je m'étais inventé une histoire, un passé, pour fuir la réalité à mon retour d'Afrique, dans ce pays, dans cette ville où je ne connaissais personne, où j'étais devenu un étranger. Puis j'ai découvert, lorsque mon père, à l'âge de la retraite est revenu vivre avec nous en France, que c'était lui l'Africain. Cela a été difficile à admettre. Il m'a fallu retourner en arrière, recommencer, essayer de comprendre. En souvenir de cela, j'ai écrit ce petit livre. »
On est tout de suite envoûté par le livre. D'abord, il y a la langue limpide et claire, des mots choisis, ciselés, chacun plein de sens et de mystère ; pas de grandiloquence, de mots crus ou de phrases compliquées ; un fleuve de mots qui se succèdent , qui roulent et palpitent au rythme de l'Afrique. Des mots évocateurs, qui suggèrent les corps, les forêts, la violence du ciel, l'indolence des plaines écrasées de chaleur.Et puis il y a le récit, poignant, la blessure jamais cicatrisée d'une enfance perdue et de cette Afrique brûlante et sauvage (loin du colonialisme) qu'il n'oubliera pas.
l'Afrique ce ne sont pas des visages mais des corps, c'est, au milieu des scorpions et des serpents, la liberté totale et dangereuse pour un petit garçon de 8 ans qui n'a connu que la vie en appartement dans un Occident policé.
C'est aussi la sauvagerie de la nature, orages, fourmis, forêts profondes, nuits pleines de bruits et de craquements....moiteur....tout un monde primitif, pas celui des colons mais celui des griots et des sorciers , des montagnes du Mbam et des pays Mbembé, Kaka, Shanti. "tout cela non comme un paradis mais un trésor d'humanité, quelque chose de puissant et généreux, tel un sang pulsé dans de jeunes artères."
c'est aussi le récit d'un paradis perdu, celui de l'enfance , du père si présent et si lointain, si adoré et si haï, si héroïque et si misérable.........une complicité à jamais perdue à cause de la guerre, de l'éloignement ...quand il le retrouve, il a déjà 8 ans , le changement est radical, trop brutal ; à la douceur d'une éducation presque exclusivement féminine, succède la discipline virile et la brutalité d'un père déjà meurtri , c'est l'incompréhension ;Avec le temps, bien plus tard viendra l'admiration et la découverte de la vie extraordinaire qu'ont eu ses parents "dans ces régions aux horizons lointains , au ciel plus vaste, aux étendues à perte de vue"
J'ai beaucoup aimé l'intensité de l'émotion qui se dégage de ce roman malgré une grande retenue, elle rend palpable les lieux et les sentiments , on sent pulser la liberté, la sensualité... L'Afrique est sa vraie mère ; il a été conçu là-bas dans les amours de ses parents parcourant à cheval dans la moiteur des forêts ou les éclaboussures des fleuves, un continent encore vierge à l'ouest du Cameroun..
c'est un roman de mémoire, mémoire du temps, mémoire des instants de bonheur à l'image d'une vieille photo prise par son père avec son Leica à soufflet représentant "Les hauts plateaux où avancent lentement le troupeau de bêtes à cornes de lune à accrocher les nuages, entre Lassim et Ngonzin."C'est l'image que j'en garderai..celle qui permet de ressusciter le paradis perdu de l'enfance et de l'Afrique originelle.
un autre regard sur ce livre : Keisha, Sylire Lapinoursinette