vendredi 20 mars 2009

Hommes qui ne savent pas être aimés

Hommes qui ne savent pas être aimés
Yasmina Reza

Présentation de l'éditeur : Adam Haberberg est assis au Jardin des Plantes à ruminer sa vie devant l'enclos aux autruches. Il vient de voir son ophtalmo pour un oedème à l'oeil dont il craint le pire, son dernier roman est un fiasco, sa vie conjugale bat de l'aile. Sort de la ménagerie Marie-Thérèse Lyoc, qu'il n'a pas vue depuis trente ans. Sa condisciple au lycée, le genre de fille dont on n'a aucun souvenir, ni désir d'en avoir. Et parce qu'il est au plus bas, il accepte son invitation à dîner chez elle à Viry-Châtillon. Expédition absurde. Elle pérore sur sa vie de représentante en produits dérivés, lui rappelle un passé qui ne le concerne pas. Il fait semblant de l'écouter tout en ressassant ses échecs, ses velléités, son impossibilité à assumer ses choix et sa différence.

Un livre (pas prévu!!) acheté pour la sobriété de la présentation...tout petit dans son coin..et pour le nom de Yasmina Reza.
Sur la quatrième de couverture il est indiqué : roman tragique et burlesque ; dès le début, c'est vrai, on est pris entre le rire et la pitié...
Il pleut, Adam, un écrivain raté, hypocondriaque et amer est assis sur un banc devant l'enclos de deux autruches miteuses...tout est gris, poisseux.. il ressasse ses malheurs réels ou imaginaires : thrombose de l'oeil (truc bien compliqué et forcément exceptionnel pour un homme de son âge) mariage raté, mauvais père...il a décrété qu'il n'était pas fait pour le bonheur
Trop sensible dit-il pas dans la masse ordinaire comme l'est cette ancienne camarade de lycée qui le reconnaît et l'aborde après un blanc de 30 ans .
Il se laisse embarquer malgré lui...le présent est nul alors pourquoi ne pas faire un retour sur sa jeunesse...mauvaise donne en fait..avant c'était encore pire..
Road movie formidablement décrit vers Viry-Chatillon avec embouteillages, centres commerciaux et autres Buffalo grill.....banalité, vide de la société, de l'environnement, de son ancienne non-amie...
Excellents passages sur sa relation aux médecins et aux médicaments...un vrai bonheur d'écriture, entre dictionnaire médical , croyances occultes et délire psycho-somatique.. cette maladie des yeux qui lui fait voir la réalité en trouble ou avec des visions terriblement drôles et bizarres est à l'image de son existence qui n'arrête pas de s'obscurcir..heureusement qu'il y a le Veinamitol !!! Ses "retrouvailles" avec Marie-thérèse sont évidemment un échec car Adam n'aime personne, ne s'attache à rien de peur d'être malheureux, ne vit qu'à travers un roman d'anticipation qu'il a écrit pour un autre...ne trouve pas les mots pour raconter ce vide qui est en lui. Passe a côté du bonheur...un peu comme nous parfois..
J'ai adoré ce livre , ce long monologue intérieur ponctué de remarques acerbes, de méchancetés gratuites, d'aveux désarmants et de cruelles banalités, son écriture minutieuse, comme une fable avec une morale qui pourrait être celle-ci :
Adam est un ado qui n'a pas grandi, qui n'a pas profité de la vie quand il le pouvait
.. il faut vivre en affrontant la réalité, ne pas avoir peur de s'y frotter,d'aimer même si ça fait mal plutôt que de non exister dans le mensonge, les regrets et le nombrilisme.
Ce roman(facile à lire), mélange de Misanthrope et de Malade Imaginaire avec des mots et des décors contemporains, laisse vraiment un drôle de goût dans la bouche...délicieux et amer
Par petites touches incisives, l'auteur brosse un portrait en profondeur de la condition humaine .
un vrai coup de coeur

mardi 17 mars 2009

Eloge de l'énergie vagabonde


Eloge de l'énergie vagabonde

L'être humain recèle un gisement d'énergie inépuisable...
Sylvain Tesson

Présentation de l'éditeur :" J'irai de l'Aral à la Caspienne. Je gagnerai l'Azerbaïdjan à bord d'un ferry. De Bakou, je cheminerai vers la Turquie par la Géorgie. A pied, à vélo, loyalement, sans propulsion motorisée. Au bout de ma route, j'aurai relié trois mers, abattant le même trajet que celui d'une larme d'or noir de la haute Asie convoyée à travers steppes et monts pour que le monde poursuive sa marche . Profitant de cette traversée de terres à haute valeur pétrolifère, je consacrerai mon temps d'avancée solitaire à réfléchir au mystère de l'énergie. Pétrole et force vitale procèdent du même principe : l'être humain recèle un gisement d'énergie que des forages propices peuvent faire jaillir. " Sylvain Tesson

C'est un peu Tintin au pays de l'or noir au plutôt au Pipelinistan...l'auteur "obsédé par les tubes" chevauchera le dos du dragon ...by fair means..en vélo ou à pied dans la chaleur et parfois sous la dent des chiens.. . Des oléoducs comme invitation au voyage, prétexte pour nous livrer ses impressions sur l'énergie, la geo-politique, les relations humaines, le devenir de l'humanité...car solitude et pérégrinations sont propices à l'énergie cérébrale..
Toujours chez lui une attirance pour les steppes...il devait être nomade dans une autre vie; les grands espaces, le silence, l'infini le guident...très beaux passages sur sa traversée brûlante de l'Oustiourt ou des steppes kazakhes..en fait peu importe le paysage c'est le nom qu'il veut traverser..tout récit de voyage devrait s'appeler" la traversée des toponymes"......qui n'a pas rêvé aux noms des lieux avant de s'y rendre tels Samarkand, Tombouctou ou Valparaison.. Tesson met ses pas dans ceux des Scythes et des Sarmates tous ces bouffeurs d'espace ivres de conquêtes et d'infini .. la steppe lieu de liberté sauvage "tapis de mes prières, manteau de mes nuits" pour lui le seul endroit où on peut se passer de lecture..
Aujourd'hui la course énergétique a remplacé la conquête géographique, l'or noir enfièvre davantage que les taches blanches..alors de l'Aral sacrifiée à la Caspienne,il suit le pipe invisible à travers l'asie centrale en observant les bouleversements apportés ....mais certaines choses restent immuables.
Aux passages historiques et dogmatiques sur l'énergie avec moultes références(Aristote, Bergson..) j'ai préféré ses jolis aphorismes sur la fureur de vivre ou l'habitude qui nous englue dans la paresse.
..mais surtout dans ce récit, éclate à chaque détour de chapitre son amour des chevaux, des forêts,de la nature, des terres brûlées , de la solitude aussi..il ne cherche pas les rencontres même s'il en fait parfois d' intéressantes.
Des réflexions très pertinentes sur l'écologie, l'avenir de la terre...c'est en géographe qu'il s'exprime en stigmatisant les écolos. Tesson préconise un changement complet de mentalité ; son idéal, les coureurs de steppe tel Dersou Ouzala..qui ne laisse aucune trace sur la terre J'ai noté aussi une source d'énergie fantastique ..la vodka et le vin géorgien qui lui permettent (à certaines rares occasions :-)) d'abattre 100 kms par jour avec son vélo !!!,
une mention particulière pour la dénonciation sans concession de la condition féminine dans les pays musulmans,véritable asservissement qu' Ella Maillart avait fustigée en son temps..pas tendre avec l'islam..et là, le pipe ne peut rien pour elles..
Sous le signe de l'énergie, ce livre est une belle expérience à partager avec lui...plus qu'un récit de voyage, une réflexion sur notre avenir énergétique et notre philosophie de l'existence.

lundi 16 mars 2009

Festival du Film Asiatique de Deauville

Pour moi c'était plutôt le Festival
Du Film Afghan :-D

Je n'ai vu qu'un film et c'est celui de Barmak Akram
L'enfant de Kaboul
Trop de monde, mauvaise organisation, il y a seulement deux lieux de projection, des places VIP, des séances en retard et il faut ressortir de la salle pour refaire la queue pour un autre film dans la même salle....j'ai bien essayé de me cacher sous mon siège...mais zut, ils ont l'oeil !!
Le film :
Dans l'immense cohue de Kaboul, un chauffeur de taxi, Khaled, prend en charge une femme et un bébé. Quand la cliente voilée quitte la voiture, surprise : le bébé est là, abandonné sur le siège arrière. Le film raconte trois jours de leur histoire, de ce destin qui a mis entre les mains de Khaled cette petite vie inconnue, dont il veut d'abord se débarrasser et dont il se sentira de plus en plus responsable...D'autant plus que le bébé est un garçon et que Khaled n'a que des filles

j'ai apprécié...beau bébé, c'est vrai que le film tient plus du documentaire que du film d'action mais ça permet de voir où en est l'Afghanistan d'aujourd'hui et de dénoncer encore et encore la situation des femmes dans ce pays où la prépondérance des hommes est écrasante . A travers ce road movie, excellent portrait de Kaboul avec ses plaies, ses angoisses, ses ONG...la vie continue cependant mais les codes ne changent pas..un film plutôt pour ceux qui s'interessent à ce pays mais il y a quand même une histoire racontée avec humour et sensibilité avec une violence à fleur de peau..

Pour l'encourager à en faire un deuxième..allez voir ce premier long métrage du jeune réalisateur Barmak Akram qui était présent avec son équipe lors de la projection..

On peut en lire une très bonne critique ici
Une autre moins convaincue...ici

Comme il faisait beau, je me suis alors promenée sur les célèbres planches de Deauville et j'ai pu observer et écouter, tout en dégustant une bonne gauffre à la chantilly, le microcosme parisien aux prises avec ses problèmes : où garer la Porsche pour qu'on la remarque..il y en a tellement ; ce soir sous la robe Armani string Chanel ou culotte Petit Bateau ? Le Vuitton assorti aux Tod's, c'est encore tendance ?? ,,, au ptit déjeuner du Normandy Barrière le survêt est tout à fait tolérable mais, ma chérie, évite les Nike doréessssssssss s'iiiiiiiiiil te plaitttttt !!!
.... rien que de la jalousie....;-) non, même pas.....je les trouve plutôt drôles et dépaysants : une tribu avec coutumes, mythes fondateurs et lieux de culte.
ça me rappelle surtout la chanson indémodable de Boris Vian " j'suis snob"


Découvrez Boris Vian!

vendredi 13 mars 2009

La Rédac du mois


Chaque mois, le même jour, à la même heure, des rédac'blogueurs écrivent un billet sur un sujet commun.
Ce mois-ci, le thème est : Enfance ~~ madeleine de Proust ~~ grands-mères........
Je demanderai pour cette première fois "l'indulgence du jury"....il y a si longtemps que je n'ai pas fait de rédac.:-)))


Essayons d'emprunter la machine à remonter le temps ;

Je m'installe dans mon sous-marin jaune pour plonger dans l'océan des souvenirs et en ramener des bribes dans mes filets. Pour m'aider, des sensations d'aujourd'hui...quelques notes, des odeurs, des goûts sur le bout de la langue..tous mes sens en éveil pour retrouver mes émotions d'enfant.
Attention, on descend..
Des musiques d'abord, oui j'entends de la musique :
..Premier palier.........il y 20 ans, presque .. des chansons d'Elmer Food Beat, les enfants à l'arrière de notre vieille 309, assis sur les duvets ; ils sont encore jeunes ; dehors il pleut fort et le brouillard est partout , on est en Norvège on roule dans une magnifique forêt -il parait- mais on ne voit rien , les filles sont ravies, elles imaginent des trolls et des esprits partout en chantant à tue-tête "le plastique c'est fantastique"..heureusement qu'elles ne comprennent pas toutes les paroles !!
C'est pas bon là...je suis trop vieille...il faut descendre plus profond......
c 'est dimanche matin, papa met un 33t sur le tourne-disque, la musique est très forte, elle emplit toutes les pièces.......c'est du Rossini ; tour à tour Semiramis, la Pie Voleuse et Guillaume Tell envahissent la maison, je suis une petite fille remplie de cette merveilleuse musique de Rossini qui me comble toujours à chaque fois que je l'entends
...une autre musique, ah.. on remonte un peu
La campagne au mois d'août, dans l'Yonne, une jolie longère , j'ai 12 ans et écoute "en boucle" sur mon petit Teppaz Sandy Shaw et surtout Charles Aznavour chanter "Rendez-vous à Brasilia"........à coté de moi ma grand-mère adorée qui essaie en vain d'écouter Jacques Chancel et son invité............je n'arrête pas de hurler reeeeeeendezzzzz vous à BRRRasilia......et de danser la samba : finalement elle éclate de rire et se met à chanter avec moi.........
Bâbord toute....on change d'océan ........celui des senteurs et des goûts sur les lèvres
Le poulet rôti du dimanche
La mer, du sel sur la peau ... mes vacances en méditerranée..la garrigue et les pinèdes où on faisait la sieste, bercé par les cigales...la musique encore.
Le chocolat aussi ou plutôt, les éclairs au chocolat et surtout les religieuses qu'on allait chercher après la messe ..chaussettes blanches et jupe plissée, avec des gants........joli paquet avec une ficelle dorée ; je gardais les jolies ficelles dans une boîte en fer..

Il suffit d'une note, d'un goût sur la langue, d'une fragance pour réveiller en moi cette douce nostalgie de l'insouciance....mille choses me reviennent encore, comme une source bienfaisante ; avec les mots, je reconstruis mon passé et ma vie. Il n'est pas de plus grand trésor au monde qu'une enfance heureuse..........on y puise tout au long de sa vie la force et l'amour que l'on peut à notre tour donner à ceux qu'on aime.
C'est drôle en fait toutes ces métaphores qui évoquent l'eau....ahhhhhhhhh si je sais..je me souviens quand j'étais dans le ventre de ma maman.......mais là c'est une autre histoire que je raconterai peut-être un jour ! A moins que dans une vie antérieure j'aie été poisson en Méditerrannée pêché et dégusté au son de Rossini avec une sauce parfumée au thym un peu trop salée !
Beaucoup de gens planchent sur le sujet...allez visiter leur blog ........1/ckankonvaou;2/Avec nous en Floride...;4/Le blog de Laetitia Beranger;5/Le blog d'Orchidee;6/D'Athènes à Montréal;7/En direct des iles;8/Zürichardie;9/Il était une fois dans le sud...;10/le Denis Blog;11/Le blog de hibiscus;12/tranche de vie;13/Chocobox;14/good.mood;15/mouton.bergerie;16/une parisienne à Athènes;17/Lodi;18/Gazou;19/Sur les traces du chevalier ours;20/Betty looo-les cornus;21/Le chat qui;

L'empreinte du renard

Défi "Littérature policière sur les 5 continents"
Catherine du blog de La culture se partage a lancé l'idée de ce défi et y a consacré un blog spécial (un sacré travail :-)) où vous pourrez retrouver toutes les lectures de polar..
C'est l'occasion pour moi de découvrir ce genre littéraire tout en voyageant de par le monde comme j'aime.
Je commence mon périple par l'Afrique de l'Ouest, le Mali, en pays Dogon.........



L'empreinte du renard
meurtres en pays Dogon
Moussa Konaté

C'est le troisième volet des enquêtes du commissaire Habib, un peu un Maigret africain...beaucoup de flair, de psychologie et de philosophie
Présentation de l'éditeur : Au cœur du pays dogon, une série de morts bizarres alerte les autorités maliennes. L'affaire est délicate: les Dogons, très attachés à leurs traditions, vivent en marge de la société et sont redoutés pour la puissance de leur magie. Le vieux commissaire Habib, à la sagesse et au flair légendaires, est envoyé sur place. Mais le village entier se tait obstinément, et un étrange sorcier à tête de renard veille au respect absolu de l'omerta...

L'intrigue commence chez les Dogons.......d'emblée, le ton est donné : amour, trahison, mort, honneur....on est plongé au coeur de l'Afrique des traditions ; tout est consommé, le mystère s'installe..
Puis, changement de décor : Bamako, pas très loin du pays dogon et en même temps à des années lumières de cet univers inchangé depuis des siècles, Bamako, c'est la modernité, les voitures, les embouteillages, des policiers avec leurs petits tracas d'hommes modernes .Ici, l'affaire arrive comme étouffée dans les bureaux du ministère......y a-t-il vraiment eu crime, pourquoi, comment ? on ne nous dit pas tout..
Dès cet instant, les personnalités du commissaire Habib et du jeune inspecteur Sosso commencent à se dessiner : un Maigret africain avec un associé jeune et fougueux; chargés de l'enquête, ils partent au pays Dogon..
Retour dans l'ambiance de Magie de l'Afrique profonde avec sorciers et croyances, malédictions et tabous..le personnage énigmatique et inquiétant du "chat" et les fameuses empreintes du renard entrent en scène.
L'irrationnel règne en maître. Pour comprendre les Dogons, Il faut se mettre à penser "dogon"; ce sera là la force de Habib qui comprend que les gens de la falaise n'obéissent pas aux mêmes lois que les autres hommes; c'est la coutume et les ancêtres qui décident; alors, peu à peu la solution se fait jour conforme à la philosophie du récit.
J'ai aimé cette belle fable, les joutes verbales entre Habib et les anciens, son respect des coutumes et son désir de légalité, la tradition contre les lois, les anciens contre les modernes
Le roman permet aussi d'entrevoir un pan des mystères dogons avec la présence du Hogon, de la Togouna et du renard (cher à Marcel Griaule) dont les empreintes prédisent l'avenir...un polar avec un zeste d'ethnographie et une pincée de modernité.
L'écriture est limpide et agréable. C'est vrai que l'enquête démarre doucement mais elle nous emporte alors complètement.. on connaîtra quelques moments de peur, l'intrigue est bien développée.
J'ai aussi apprécié la description de la personnalité du commissaire Habib et la fougue brouillonne de son jeune adjoint Sosso. On rit parfois à ses dépens.
La fin est à l'image de cette enquête, inattendue et pleine de leçons et d'interrogations sur les contradictions d'un continent fascinant...

mercredi 11 mars 2009

Festival du Film Asiatique de Deauville




Le Festival a lieu du 11 au 15 Mars


J'y serai le 14

Une bonne occasion de découvrir le cinéma sud coréen qui est à l'honneur cette année et que je ne connais pas du tout...impressions la semaine prochaine.

mardi 10 mars 2009

50 ans d'occupation du Tibet


Il y a quelques années, Priscilla Telmon avait mis ses pas dans ceux d'Alexandra David-Néel pour atteindre Lhassa....