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vendredi 22 mai 2009

"Je vivais seul, dans les bois"


Henri David Thoreau

"Je vivais seul, dans les bois."
(Premier chapitre de Walden ou La vie dans les bois)
Presentation de l'éditeur : " Quand j'écrivis les pages suivantes, ou plutôt en écrivis le principal, je vivais seul, dans les bois, à un mille de tout voisinage, en une maison que j'avais bâtie moi-même, au bord de l'Etang de Walden, à Concord, Massachusetts, et ne devais ma vie qu'au travail de mes mains. J'habitai là deux ans et deux mois. A présent me voici pour une fois encore de passage dans le monde civilisé. "

J'ai voulu lire ce livre parce que Jim Harrison y fait souvent référence dans son dernier roman "Une odyssée américaine" dont j'ai parlé il y a quelques temps et que j'ai beaucoup aimé.
le titre me plaisait.
..mais je suis déçue.. bon d'accord ce n'est que le premier chapitre d'un livre écrit au 19è siècle, mais je le trouve laborieux à lire, très daté.
le style est pesant (traduction ?)
Des propos philosophiques et humanistes certes novateurs pour l'époque (contre l'esclavage, la propriété, les désagréments du progrès..) mais il fait attendre une bonne moitié du livre pour entrer dans le vif du sujet : la cabane
alors là, aucun lyrisme mais un constat froid pour relater son expérience avec moult tableaux de comptable, calcul, poids des aliments, raisonnement mathématique qui attestent que la civilisation n'apporte rien et qu'on peut vivre simplement dans la nature avec le minimum à soi, pas de meubles, d'animaux, de viande...autarcie et surtout.. tout faire soi-même sans défigurer la nature..quelques remarques pertinentes..qui montrent que l'écologie n'a rien inventé..
mais, pas de souffle épique .
En fait je me suis trompée...ce n'est pas un roman mais un essai, une démonstration réaliste avec ici et là des conseils pratiques intéressants sur la cuisson du pain, les bienfaits du régime végétarien ou l'orientation des ouvertures d'une maison..
Pas envie de lire le reste du roman
...tant pis
Mais, j'apprécie beaucoup la collection Folio " 2 euros" qui permet de faire connaissannce avec des titres originaux..

mardi 5 mai 2009

DANS LA BRUME ELECTRIQUE AVEC LES MORTS CONFEDERES

Défi "Littérature policière sur les 5 continents" Catherine du blog de La culture se partage a lancé l'idée de ce défi et y a consacré un blog spécial où vous pourrez retrouver toutes les lectures de polar.. C'est l'occasion pour moi de découvrir ce genre littéraire tout en voyageant de par le monde comme j'aime... on part pour le sud des USA

Dans la brume électrique avec les morts confédérés
James Lee Burke
Présentation de l'éditeur : Une équipe de cinéma s'est installée à New Iberia pour y tourner un film épique sur la guerre de Sécession, avec la star hollywoodienne Elrod Sykes.Arrêté en état d'ivresse, l'acteur affirme au policier qu'il a vu, pendant le tournage d'une scène dans un marais, le corps momifié d'un noir enchaîné. Dave est tenté de croire à ce récit invraisemblable car, trente-cinq ans plus tôt, il a été le témoin impuissant de l'assassinat d'un homme de couleur par deux blancs. Le corps n'avait jamais été retrouvé. Le shérif se moque bien d'un crime vieux de trente-cinq ans, mais lorsque Dave se retrouve devant le squelette de la victime, il comprend que le souvenir de ce meurtre n'a cessé de le hanter.En fait, il comprend peu à peu que la guerre de Sécession ne s'est jamais arrêtée et que la bataille de New Iberia continue. Avec une rare violence.
un Polar qui m'a complètement électrisée
Moiteur, bayou, cadavres...tous les ingrédients d'une Louisiane raciste et pourrie sous toutes les coutures et pourtant magnifique et envoûtante.
Des relents de lynchage rendent le récit encore plus glauque et complexe et ajoute à sa noirceur.
Et puis il y a le héros, plus privé que flic...Dave "Belle mèche" au passé d'alcoolique et de gars pas vraiment clean mais toujours règlo. Il a des états d'âme et des visions dans la brume...LSD, vieux restes de guerre du Vietnam ou vrais fantômes ?...va savoir...c'est bien raconté, prenant, on est englué jusqu'au cou dans l'histoire.
On patauge dans le crime , les prostituées, les bouges sordides et les gangs douteux;
corruption et non dit, racisme latent, cruauté et violence mais aussi merveilleuses descriptions des marais, lumières irréelles d'un ciel de pluie, visions de cauchemar ou de rêve, purs moments de poésie.
une belle intrigue, avec, ce qui ne gâte rien, la culture cajun et la guerre de Secession en toile de fond. On flirte souvent ici avec le fantastique. Un dépaysement garanti en plus d'un suspens palpitant.
Tavernier vient d'en faire un film avec Tommy Lee Jones..Je les aime bien tous les deux..je me représentais Robicheau autrement, mais j'irai voir le résultat pour (essayer de) retrouver cette ambiance unique...
Un voyage dans l'âme humaine plus noire que noire et là bas dans le sud profond tout en langueur et en violence.

vendredi 24 avril 2009

Les clochards célestes

Encore un road movie....






Un pur moment de bonheur..

Les clochards célestes
Jack Kerouac
Les premières lignes : "Sans bourse délier, je quittai Los Angeles sur le coup de midi, caché dans un train de marchandises, par une belle journée de la fin septembre 1955. Etendu sur une plate-forme roulante, mon sac sous la nuque, les genoux croisés haut, je me laissai absorber par la contemplation des nuages tandis que le convoi roulait vers le nord. L'omnibus qui m'emportait me permettrait d'arriver avant la nuit à Santa Barbara où je me proposais de dormir sur la plage. Le lendemain matin, un autre omnibus m'emmènerait jusqu'à San Luis Obispo, ou bien le rapide de marchandises me déposerait à San Francisco à sept heures du soir."

Dès les premiers mots, on a envie de prendre son sac à dos et de suivre Ray et Japhy sur la route. Ce roman en grande partie autobiographique nous replonge dans les années 60 quand s'établissaient de nouveaux rapports homme/ nature, liés à une nouvelle compréhension de la nature de l'homme lui-même (influence du bouddhisme ) Ray, le vagabond devient le "clodo du dharma", le moine bouddhiste itinérant. Kerouac (Ray Smith dans le livre) à la manière des sages chinois de l'ancien temps, erre sur les routes américaines parfois accompagné d'autres clochards célestes, notamment le poète Gary Snyder ( Japhy Ryder). Il se retrouve à Berkeley, berceau du mouvement hippy en compagnie de tous ces intellectuels à contre-courant, engagés dans une lutte pacifique contre l'Amérique bien pensante . Un des plus beaux moments du livre, c'est l'ascension du Matterhorn Peak par Ray, Japhy et Morley (qui tient de fantastiques discours surréalistes ). L'escalade est une quête spirituelle empreinte de "lyrisme" lorsque Kerouac nous décrit les magnifiques paysages de montagne traversés , les entrecoupant de discussions sur la société , l'abrutissement télévisuel (déjà) récitant des poèmes et parlant bouddhisme. Mais tout n'est pas rose quand on est clochard céleste : rejet, manque de confort, incompréhension.... La liberté a un prix !!Finalement, Ray retournera à San Francisco pour y retrouver Japhy avant de partir travailler un été comme guetteur sur le Desolation Peak dans un paysage sauvage et grandiose .. Tout ce livre est un hommage à la "Beat generation" qui marque la naissance d'un mouvement contestataire mêlant errance, retour à la nature, révolution sexuelle et rejet de la société moderne. On est alors frappé par l'actualité des thèmes abordés ici surtout par rapport à la crise actuelle : rejet de la consommation à outrance, des biens matériels...ce sont déjà de fervents écologistes défenseurs de la pureté de la nature et de sa fragilité
J'ai adoré le ton sauvage et spontané du livre plein de fraîcheur , d'humour, de poésie...et de recettes de cuisine pour randonneurs avisés..les descriptions (montagnes, cascades, animaux..) sont un enchantement : une grande paix s'en dégage... un ami, un poème ou le chant d'un oiseau peuvent suffire à rendre heureux. L'essentiel est ailleurs...et on apprend en passant , au fil des errances des choses bien intéressantes sur le bouddhisme.

mercredi 22 avril 2009

Un bon jour pour mourir

C'est la folie "Harrison"...j'ai tellement aimé "Une odyssée américaine" que j'ai joué les prolongations avec "Un bon jour pour mourir"
Présentation de l'éditeur : La merveilleuse histoire d'une virée fantastique à travers l'Amérique des années 60 ! Un trio inoubliable, très Jules et Jim, prend la route, entre un joint, deux cuites et trois parties fines, pour s'en aller faire sauter un barrage du côté du Grand Canyon du Colorado. Selon Michel Lebrun, si ç'avait été un polar, ç'aurait été le meilleur de l'année. En tout cas, on n'oubliera pas de sitôt les aventures savoureuses et les portraits tendres de ces trois héros que Jim Harrison dépeint dans le style flamboyant qui est sa marque.

Une virée à travers l'Amérique, de la Floride au Montana. Sexe, alcool, drogue et grands espaces. C'est fabuleux et magique. Désespéré par moment, le triangle amoureux va se perdre dans les méandres de la Clearwater River, au détour d'une partie de pêche et entre deux cuites. Un grand moment de nature.
C'est sûr, c'est un thème éculé : road movie (ça j'adore) à travers les States de trois paumés , révoltés ou rêveurs (au choix)....en tout cas marginaux sympas avec toujours ce petit "plus" propre à Harisson : tendresse pour ses personnages, parties de pêche rédemptrices (seule la nature peut apporter paix et purification) et puis existence d'une certaine morale naturelle et spontanée qui fait qu'on s'attache aux personnages les plus "border line"...avec un portrait réjouissant et sans concession de la société américaine des années 60 ...ah..les motels sordides ou les p'tits dèj "brouillard du matin" avec café froid et donuts...on a vraiment envie d'y être !
L'auteur sait admirablement planter un décor, une ambiance, des atmosphères glauques ou bucoliques.
Je suis en train de relire "Les clochards célestes" de Kerouac...impression toute différente sur un thème semblable ; spontanéité et mysticisme chez Kerouac (écriture et dérive des personnages) je trouve Harrison plus réaliste, mais aussi plus cru et complaisant dans ses descriptions un peu "hot" parfois.. .avec toujours un hommage appuyé rendu aux Indiens. Bref les mêmes ingrédients mais plus de désespoir que chez Kerouac.. j'ai aimé...mais préféré "l'odyssée américaine" plus aboutie, plus lyrique et plus poétique.

le prochain roman du même auteur "La femme aux lucioles"

jeudi 2 avril 2009

Une odyssée américaine


De ma balade, j'ai ramené des livres..
et j'en ai déjà dévoré deux..
Une odyssée américaine
Jim Harrison

présentation de l'éditeur : Cliff, 60 ans, est à un tournant de sa vie, sa femme l'a plaqué, son chien bien-aimé n'est plus et sa ferme a été vendue. Armé d'un vieux puzzle coloré des États-Unis, il prend la route. Il est bientôt rejoint par Marybelle, une ancienne étudiante. Il renomme les États en leur donnant des noms de tribus indiennes, redéfinissant ainsi le visage de l'Amérique. Quête identitaire, retour aux sources, le voyage de Cliff est ponctué de rencontres extravagantes et cocasses.

Voilà un road movie à la "Kerouac", certes un Kerouac vieillissant et plutôt sage mais une traversée des States dans une vieille Ford Taunus porte forcément à l'introspection.
C'est surtout une magnifique description des territoires infinis de l'Amérique sauvage. De parties de pêche en "gentilles" beuveries défilent des cartes postales géantes style "panoramique" de couchers de soleil et d'orages mordorés. Célébration des joies de la "bonne bouffe" des femmes, d'un vin capiteux...plaisirs simples de la vie
J'ai été ravie et étonnée par l'extrême sensibilité de ce géant de 60 ans, ancien professeur de littérature reconverti en fermier qui pleure à la vue d'un petit oiseau ou d'un taureau Angus . Peut-on refaire sa vie à 60 ans ? Voilà La Question essentielle qu'il se pose durant ce voyage initiatique en compagnie d'une galerie de personnages vraiment drôles :un fils gay, une ancienne étudiante très délurée,son ex femme teigneuse, un médecin farfelu et alcoolique et ce fichu téléphone portable comme un fil à la patte qu'il finira par jeter dans les toilettes.
Et puis, il y a cette phrase formidable qui résume tout le livre " Elle (ma mère) aimait aussi écrire que mon père décédé aurait voulu que je réussisse, alors que lui n'avait jamais parlé de ce genre de chose, sinon pour dire que les gens qui réussissent n'avaient pas une minute à consacrer aux activités essentielles de la vie, telles que la chasse, la pêche, la gnôle et les balades dans les bois" ... une belle philosophie à laquelle j'adhère (presque) totalement (..à par la chasse et la gnôle)
Sa nouvelle tache qui est de renommer les états américains en hommage aux Indiens et aussi tous les oiseaux de l'union est d'une fantastique inutilité et lui redonnera l'envie de changer de vie loin d'une Amérique bien pensante et de la religion du profit.
Bien sûr, Cliff est toujours taraudé par des inquiétudes et des doutes..il veut se prouver qu'il peut encore "comme avant" faire l'amour, l'ascension d'une montagne ou trop boire... beaucoup d'émotion et d'humour tout au long de ce périple décrit dans une langue limpide et tellement suggestive
Une belle leçon de vie, à déguster en ce début de printemps où on a envie de renouer avec la nature..Un roman d'une grande humanité
A la fin du voyage, Cliff a rassemblé ses souvenirs ; la nostalgie est toujours là, mais apprivoisée...Début de la sagesse ou fin des illusions ?
Une superbe odyssée.